Le développement social du chien

Depuis très longtemps, "on dit" que le chien à l'état sauvage vit comme le loup, en meute. Personnellement je n'emploie jamais le mot "meute" pour définir le mode de vie du chien ni d'ailleurs d'aucun autre animal comme le loup par exemple, voici pourquoi :
Le mot meute signifie très précisément, troupe de chiens courants dressés pour la chasse ; chez l'humain c'est une troupe de personnes qui poursuit un individu ; pour le même but, tuer. Donc, un animal ne peut vivre en meute puisque la meute est formée pour chasser seulement, ce n'est donc pas un mode de vie, mais une méthode de chasse. Je me servirai donc du mot "groupe de vie" qui est plus logique, car un groupe est formé de plusieurs individus (humains ou animaux).

Le développement du rang social et hiérarchique au sein du groupe de vie chez le chien, évolue par étapes régulières.

La socialisation est nécessaire et même obligatoire pour le chiot, car elle lui apporte la garantie de s'intégrer dans le groupe. Avec elle, le chiot va apprendre à comprendre plusieurs choses importantes pour réussir sa vie.


Nous allons donc suivre étape par étape, l'évolution du développement comportemental du chien.

A sa naissance, le chiot n'est pas "terminé", il vit sous une forme végétative, il passe son temps à dormir. Ses facultés nerveuses ne sont pas encore acquises, donc il ne voit pas, n'entend pas et n'a pas non plus de possibilités sensorielles. Il ne peut pas survivre sans sa mère qui le nourrit, le lave, lui fait faire ses besoins etc., en fait qui le stimule ; c'est la période néonatale qui dure jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux (environ 2 semaines après sa naissance).

Quand les yeux sont ouverts, le système nerveux se termine, et commencent à apparaître l'audition et les facultés motrices et sensorielles. Le chiot commence à devenir autonome et à apprendre avec ses frères et sœurs, le fonctionnement de son environnement physique et social ; la socialisation est en marche grâce en partie à l'attachement à la mère qui intervient pendant la 2ème semaine. Le chiot par mimétisme va se familiariser et mémoriser ce que sa mère sent, entend et voit, ce qui le rassure et le rend confiant car il se sait protégé par sa mère, c'est l'attachement qui durera jusqu'à ce qu'il ressente le besoin d'évoluer seul, et surtout au moment où il sera "rejeté" par sa mère et ses frères (le détachement).

De la 3ème et jusqu'à la 12ème semaine après sa naissance environ, le chiot va apprendre qui il est précisément (un chien), qui sont ses amis, et aussi comment communiquer pour acquérir la connaissance des règles de vie dans le groupe. C'est pendant cette période que les erreurs commises comme par exemple l'anthropomorphisme dans le sens humain comme dans le sens animal seront pratiquement irrécupérables car définitivement ancrées. Ce seront les réponses à ses actes comportementaux (stimulis) qui lui apprendront quand il pourra avoir confiance et quand il devra se méfier. C'est la période de socialisation qui se termine par la période juvénile qui va de la 12ème semaine jusqu'à la puberté pendant laquelle intervient le détachement (souvent provoqué par la mère et les frères) et la hiérarchisation pour garder la cohésion du groupe de vie.

Pendant la socialisation, la phase déterminante est l'imprégnation qui se déroule en deux parties : l'attraction et l'aversion.
L'attraction : le chiot est attiré par tout ce qui bouge (êtres humains, animaux de toutes sortes) sans connaissance du danger qui peut en découler. Ce seront les réactions de ces animaux qui lui apprendront et détermineront qui sont ses "amis" et ses "ennemis". L'attraction dure de la 3ème à la 5ème semaine.
L'aversion : ce sont toutes les réactions négatives qui représentent pour lui un danger potentiel. C'est pendant cette période que le chiot va rejeter définitivement ce qu'il ne connaît pas et ce dont il a peur et se méfie. L'aversion dure toute la vie du chien, mais elle est plus importante entre la 12ème et la 14ème semaine.
C'est pour cela que le chiot pendant la socialisation doit être mis en contact avec le plus possible d'éléments étrangers (des bébés, des enfants, des adultes, des grands, des petits, de sexe féminin et masculin, des blancs et des noirs, des enfants et adultes handicapés etc.). Ces rencontres doivent être complètes, avec des jeux, des caresses, des paroles, afin qu'il ait l'habitude de les côtoyer et donc de les accepter.

La socialisation est l'acceptation et la tolérance (d'autres ont le droit de vivre à nos côtés sur la Terre sans que cela nous dérange, nous devons les accepter).

Le chiot va ensuite apprendre comment communiquer (recevoir les messages et les envoyer).
Pendant la socialisation, les relations entre sa mère, ses frères et lui évoluent : au début, la mère (ou un adulte) accepte qu'il s'approche et mange un peu dans sa gamelle, ses frères et sœurs et les adultes acceptent les mordillement pendant les phases de jeux. Puis quand les dents commencent à pousser, les mordillements sont plus douloureux et de moins en moins acceptés dans son entourage qui riposte. La mère et les adultes le repoussent quand il s'approche des gamelles puis lui grognent dessus. Il commence également a être rejeté du lieu de sommeil, il doit dormir à l'écart des autres, la famille commence à se disperser. C'est pendant cette période qu'il apprend à communiquer en comprenant tous ces signaux et en les reproduisant lui-même pour se faire comprendre (essai de dominance, attitude de soumission, simulation de prédation par poursuite etc.). C'est aussi pendant ce temps qu'il devient petit à petit autonome, on en est au détachement. C'est pour tout cela et pour son confort de vie qu'il est déconseillé d'adopter un chiot de moins de 2 mois qui n'aura pas terminé son "apprentissage" des règles sociales et hiérarchiques qui détermineront sa place dans le groupe de vie et perdurera pendant toute sa vie avec les humains.

Dès l'arrivée du chiot à la maison, il faut instaurer des règles qui seront pratiquement les mêmes que celles qu'il a apprises, la différence étant que nous sommes des humains et que sa place dans notre groupe de vie sera toujours au-dessous de celle des humains qu'ils soient adultes ou enfants. Il ne devra pas manger au même endroit que les humains ce qui permettra de ne pas tenir compte du fait qu'il mange avant ou après eux et ne lui donnera pas envie de manger la même chose. Dans la propriété de la famille d'humains dans laquelle il vit, rien ne doit lui appartenir ; même s'il a un coin à lui, il faut le déplacer de temps en temps afin qu'il ne le territorialise pas et qu'il sache que ce ne sera jamais lui qui décidera de quoi que ce soit.

Pour ce qui concerne sa nourriture, il ne doit jamais manger "humain", pas de restes de la table, pas de biscuits ou fromage. Il doit manger exclusivement de la nourriture spéciale pour chien, des biscuits pour chien etc., cela évitera qu'il quémande à table, ou qu'il fouille les poubelles (il ne reconnaîtra pas le goût ni l'odeur habituels de sa nourriture qui est appropriée donc plus équilibrée et qu'il préfèrera).

La hiérarchisation passe obligatoirement par le fait qu'il ne faut pas être le dominant-chien mais le dominant tout court. Un principe est très clair : le chien est un chien, l'humain est un humain. Le chien accepte d'être dominé par un humain s'il reconnaît sa compétence et son autorité de supérieur sans pour cela se soumettre. La soumission est dangereuse, car si le chien que l'on soumet est en fait dans sa tête et son souvenir instinctif un dominant par rapport à ses congénères, il finira par refuser la soumission et cela pourra aller jusqu'à l'agression par morsure. Donc se souvenir de cela : dominer sans soumettre. Le chiot apprendra que c'est toujours l'humain qui décide de tout : les moments de jeux, les moments de câlins, les moments de manger, les moments de sorties etc.. ce ne sera jamais lui qui prendra les initiatives et ci cela se produit un jour, il faudra avoir une attitude neutre, faire comme si le chien n'existait pas, ne pas répondre ; quand il sera reparti, on attendra un long moment, puis on l'appellera quand on l'aura décidé, pour faire ce dont il avait envie. Sa place physique n'a pas d'importance du moment qu'il ne dort pas dans le lit et ne mange pas à table. Avant on pensait que la place du dominant d'un groupe de loups ou de chiens, était la partie la plus haute pour surveiller et défendre. On s'est aperçu depuis que cela est faux ; en effet ce n'est pas le dominant qui surveille et garde, car il est le chef et c'est le travail d'un subalterne ; sa fonction à lui c'est de diriger de telle façon que ses décisions permettent au groupe de survivre et de vivre dans la plus grande sécurité. Il décide et répartit donc les tâches pour tous. Chaque membre du groupe sait qui il est, il n'a donc pas besoin d'être en hauteur pour le montrer. Pour un étranger, c'est pareil, il n'aura pas le loisir d'aller jusqu'au dominant, les autres membres du groupe l'auront dissuadé bien avant (dès qu'il aura franchi la frontière du territoire).

En conclusion je dirai que si on adopte un chiot pour remplacer un être humain, on aura des problèmes car on l'identifiera (et lui aussi) comme un humain par rapport à sa place dans le groupe de vie (qui est la famille chez l'homme). On doit adopter un chiot parce qu'on aime les chiens car ils sont tout simplement des chiens, et qu'on l'éduquera en tant que tel avec l'aide de personnes officiellement compétentes.

C'était ce qu'il faut savoir, pour savoir faire, et qu'on doit donc vous faire savoir pour une longue vie saine et équilibrée avec votre chien

André MARTIN.